Existait-il une traduction de la Bible en arabe avant l’islam ?

 

 

Il ne fait aucun doute que la langue ou certaines variantes de la langue arabe étaient parlées avant l’Hégire. Les premiers chrétiens ont prêché avec ardeur dans cette langue, comme le confirment la déclaration précédemment mentionnée du livre des Actes des apôtres et le témoignage de l’histoire. Ainsi toute l’Arabie avait connu le témoignage d’au moins une partie du Livre Sacré, car le témoignage des chrétiens s’est étendu jusqu’à l’Inde et au delà.

Ainsi la langue arabe, déjà parlée par bien des tribus arabes chrétiennes, fut assimilée lentement mais sûrement par les pays conquis. Les langues classiques ne disparurent pas vite, mais elles se maintinrent assez vivantes, particulièrement dans la liturgie, quoique des oeuvres classiques aient continuè à être écrites en syriaque, en copte, et en grec.

Cependant, comme le confirment le témoignage de l'histoire et notre étude sur le développement de l’écriture arabe, ce n’est certainement pas dans les premiers siècles du christianisme que furent traduites les Saintes Écritures en langue arabe. 

Lebda n-Injil n-Aïssa el-Masih Emmi-s
r-Rebbi. Akken itsouaktheb deg thekthabth n-ennebi Ichâia: Athaia chiiar rer ezzath oudem ik amcheggâ inou ara-iheggin abrid ik. D-çouth b-ouin itsâggidhen g-lkhali: Heggith abrid n-Siid, seggemeth iberdan is irqaqen. Illa Yahia itsbatize g-ikhali, itsbechir Ibatem
(Marc 1:1-4). Exemple moderne (1958) de transcription. Ici on utilise des caractères latins, destinée à la Grande Kabylie. 

En ce qui concerne la Bible, on peut cependant penser que des transcriptions d'une ou plusieurs parties furent faites, comme c’était l’usage. C’est à-dire que d’autres alphabets connus, tels que ceux du nabatéen ou du grec, furent utilisés pour phonétiser le dialecte régional (on connaît des documents de ce genre à vocation commerciale ou mémoriale).

Puis lorsque la langue des conquérants arabes devint officielle, non seulement les chrétiens mais d’autres groupes ethniques encore commencèrent à traduire leur littérature en arabe.

Une vrai théologie arabo-chrétienne naît, au milieu du VIIIème siècle, en Palestine autour des laures du désert de Juda. C'est ainsi que sont apparues des traductions de la Thora, des Psaumes ou des évangiles. On trouve une traduction grec-arabe en deux colonnes, datant du VIIIème, des versets 51 à 61 du Psaume 77. Une traduction des Psaumes dans un texte gréco-arabe du IXème est conservée dans 3 manuscrits sur parchemin (Sinaï grec 34;35 et 36).

Certaines de ces plus anciennes traductions ont été effectuées dans les monastères et pour un usage liturgique, tout particulièrement celles des Psaumes qui étaient fort utilisés pour la prière. Il a été retrouvé de nombreux documents au monastère Sainte Catherine près du Mont Sinaï.

 

 

 

Extrait de l'ouvrage "Le dialogue d'Abraham de Tibériade"

Les documents dont la liste suit proviennent du monastère Sainte-Catherine. La liste est  extraite de l'ouvrage "Le dialogue d'Abraham de Tibériade"qui fait référence au travail  de Graf. 

- Une traduction des trois premiers psaumes, également du IXème, trouvée dans un fragment sinaitique nommé Mingana ar. christ. 131.

- Une traduction des Psaumes se trouvée dans le fameux manuscrit Vatican arabe 13, qui contient une grande quantité de traductions bibliques, mais avec beaucoup de lacunes (perte de feuillets, dont ceux qui devaient contenir les Psaumes). La traduction aurait été faite sur le grec, à Màr Sàbà au IXème siècle.

- Une traduction du Livre de Job réalisée très probablement à Màr Sàbà dans la première moitié du IXème à partir d'un texte syro-hexaplaire (Brit. Mus. Ar. 1475).

- Une traduction du livre de l'Ecclésiastique (Ben Sirach) du IXème qui est considérée comme le plus ancien manuscrit arabe de l'A.T. (Sinaï arabe 155, n. 1).

- Une traduction de quelques parties de l'Ancien Testament, (Job, Daniel, Jérémie, Ezéchiel), se trouve aussi dans un manuscrit du IXème (Sinaï arabe 1).

- Une traduction des Évangiles, à partir de l'original grec, trouvée dans deux manuscrits, de copistes inconnus, mais très probablement du IXème (Sinaï arabe 70 et 74).

- Une traduction complète des Évangiles, datée de 897 A.D., qui nous a été transmise par le fameux copiste Istàfanà al-Ramlî en 116 feuillets. La transcription de ce manuscrit a été faite au monastère de Chariton et il s'agit du manuscrit arabe le plus ancien des traductions évangéliques (Sinaï arabe 72).

- Une traduction des Évangiles également du IXème  transmise par celui qu'on appelle « le moine al-Himsï » et qui provient très probablement du monastère de Chariton. (Sinaï arabe 75).

- Une traduction des Évangiles, d'un original grec, réalisée certainement avant 885, trouvée dans un autre manuscrit d'origine sinaïtique. Ce manuscrit contient plusieurs lacunes dans chaque évangile; y manque aussi la finale de St Jean. (Vatican Borgia arabe 95, sur parchemin).

- Une traduction de quelques fragments de l'Évangile de Matthieu, du IXème, d'un original grec, transmise sur un parchemin d'origine sinaitique (Université de Leipzig, Oriental 1059 A, cf aussi Tischendorf XXXI A). Une traduction de 7 versets de Matthieu (13,46-52) du IXème, bilingue (gréco-arabe) transmise dans un fragment sinaïtique (Manuscrit conservé au monastère de Sainte-Catherine du Sinaï, dont Graf ne précise pas la cote).

- Une traduction des Évangiles, très incomplète, d'un original grec, du IXème (probablement même plus ancien) se trouve dans un fameux manuscrit au Vatican (Vatican arabe 13). Ce même manuscrit nous a transmis une traduction de fragments de l'Évangile de Matthieu faite sur le syriaque, du IXème. D'autres fragments évangéliques de ce même manuscrits sont d'une main plus jeune (XIème). La traduction arabe est très libre. Avec les répétitions et les explications, elle donne l'impression d'être plutôt une traduction périphrasée.

- Une traduction de 8 versets de Matthieu (16,13-20) d'un original grec, du IXème, conservée dans un fragment non encore catalogué, d'après Graf, dans l'Université de St Joseph de Beyrouth.

- Nous mentionnons ici quatre autres manuscrits qui nous ont transmis des traductions évangéliques, un peu tardives par rapport aux précédentes, mais toujours intéressantes:

- Une traduction, probablement du Xème, transcrite au monastère de Mâr-Sàbâ (Sinaï arabe 71).

- Une traduction du grec, d'origine sabaïte, probablement du Xème (dans un manuscrit non encore catalogué de la Bibliothèque du Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem).

- Une traduction bilingue, gréco-arabe, dans un manuscrit du Xème (Sinaï Porph. arabe 43).

- Une traduction bilingue, gréco-arabe, dans un manuscrit sabaïte du XIème (Jérusalem, Bibliothèque du Saint-Sépulcre, grec 25).

Si nous passons au livre des Actes des Apôtres et Lettres Apostoliques, nous nous apercevons que les plus anciens manuscrits qui transmettent les premières traductions arabes sont aussi d'origine palestinienne ou, comme le précise Graf, d'utilisation palestinienne. En disant cela nous nous référons surtout aux deux monastères de Màr-Sàbà et de Sainte-Catherine du Sinaï. Continuons donc la liste des traductions.

- Le plus ancien manuscrit arabe daté du N.T. (867 A.D.), qui contient les Épîtres de St Paul et les Actes des Apôtres, est une traduction du syriaque faite et commentée à Damas par Bisr-al-Sirri (Sinaï arabe 151). Une traduction arabe très ancienne aussi, mais incomplète, des Actes des Apôtres a été faite sur un original syriaque philoxénien au IXème.

- D'un original grec, par ailleurs, nous avons la traduction, assez incomplète, copiée au Xème mais provenant d'un texte encore plus ancien, de ce qu'on appelle le Corpus Paulinum, (Sinaï arabe 155).

- Toujours à Sainte-Catherine du Sinaï, on conserve une traduction des Épîtres de St Paul, du IXème, selon un ordre déjà pratiqué par certaines Églises orientales qui range l'épître à Timothée après celle aux Hébreux (Sinaï arabe 73).

- Dans le manuscrit susmentionné, Vatican arabe 13, nous trouvons aussi une traduction des Épîtres pauliniennes, basée sur un original grec, du IXème (Vatican arabe 13).

- Basée sur le grec, nous avons aussi une traduction, en fragments, de quelques passages des Actes des Apôtres et des Épîtres Pauliniennes, d'origine sinaïtique, conservée dans deux manuscrits du Xème (Brit. Mus. Or. 8605, et Paris arabe 6725 transcrit par un certain David d'Ascalon).

L'auteur du livre cité ci-dessus fait cette remarque :

"Après avoir parcouru les plus anciens manuscrits palestiniens qui nous ont transmis les premières traductions arabes de la Bible, voici quelques points d'ordre général qui ont attiré notre attention.

Tout d'abord nous constatons que la plupart des traductions sont faites sur le grec. Cependant, un bon nombre de manuscrits portent des traductions réalisées sur le syriaque. D'autres encore se réfèrent à deux sources: une première traduction du grec avec une correction ou révision du texte faite sur le syriaque.

Une constatation est frappante quand on survole ces premières traductions arabes: au début il n'y a pas eu de traductions globales, mais partielles. Seulement quand on a senti le besoin d'avoir une traduction complète de toute la Bible, on s'est préoccupé de grouper les diverses traductions déjà faites, mais sans principes fondamentaux communs".

Il est intéressant de remarquer que les parties de la Bible qui ont d'abord retenu l'attention des traducteurs qui se trouvaient dans les monastères, sont celles qui, très probablement, étaient nécessaires pour la prière et la lecture liturgiques: Psaumes, Évangiles, Épîtres.

Quelle valeur ont-elles ces traductions arabes? Pour la critique et l'histoire des textes bibliques, les chercheurs ne donnent généralement pas beaucoup de poids à ces traductions. Cependant, elles constituent des témoignages historiques, théologiques et exégétiques précieux. 

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