Histoire de la Bible en France

 

Bien avant qu'une traduction littérale du Livre Sacré ne soit faite en français, plusieurs livres existaient, qui en donnaient un résumé, et un grand nombre de ces manuscrits ont survécu aux malheurs des temps. 

Monsieur Le Roux de Lincy en a compté soixante, seulement pour les 13ème et 14ème siècle ,à la Bibliothèque Nationale de Paris. "Toutes proportions gardées, ajouta-t-il, les traductions de la Bible sont aussi nombreuses dans les autres bibliothèques, tant de Paris que des départements. Il n'y a pas une seule bibliothèque de province possédant des manuscrits français du Moyen-Age, qui n'ait une ou plusieurs traductions de la Bible, soit en prose soit en vers". Certains supposent que quelques traductions apparurent dès le 7ème siècle.

 

Par contre, des historiens font mention de Bibles ou de passages bibliques dès le 9èmesiècle. Charlemagne fit traduire le Livre en théorisque ou tudesque. Des versions partielles relatant les événements historiques bibliques, en poésie et en prose, étaient chantées en français, en italien et en espagnol, au moins dès l'époque de la levée des Vaudois. En plus des langues régionales, plusieurs patois étaient parlés en France, et certaines régions limitrophes ont possédé très tôt quelques portions des Saintes Écritures (dès le 6èmesiècle pour certains dialectes). Les anciennes versions provençales et vaudoises ou romanes remontent aux mouvements évangéliques qui se sont développés dans le sud de la France et le nord de l'Italie pendant les 12ème et 13ème siècles.

Durant cette période, les Albigeois préparaient leur Protestes basé sur les Écritures contre l'Église de Rome, et en 1170, Pierre Valdo ou Valdes (un riche marchand de Lyon né vers 1140) posa les premières bases de l'amour de la Bible. Valdes, appelé "le Réformateur" avant la "Réformation" (mouvement religieux général englobant la pré-Réforme où se sont distingués les Vaudois, John Wyclif,  les Lollards, Jan Hus, etc.), se fit traduire de notables parties des Écritures en roman provençal par deux prêtres, Étienne d'Anse (Stephono de Ansa) et Bernard Ydros. Puis, après avoir distribué aux pauvres le reste de ses biens matériels, il se mit à étudier la Parole de Dieu et à prêcher dans les rues de Lyon pour inviter les gens à un réveil spirituel et à un retour au christianisme simple des Écritures. Il mourut en 1179. Selon certains auteurs, ce travail de traduction incluait les Écritures des prophètes et des apôtres, les Psaumes, la loi mosaïque et les Évangiles. Comme l'art d'imprimer n'était pas encore découvert, le nombre des copies était limité, ce qui fait que certains retenaient de mémoire des portions des Écritures, et quelques-uns étaient capables de répéter  des livres entiers de la Bible.

Vers 1190, le pape Innocent III se plaignit en France de l'essor de ces nouveaux prédicateurs qui utilisaient la Bible, et il écrivit des lettres à l'évêque du diocèse de Metz au sujet du mal que cela lui causait (Note 1). Innocent III confia le soin de rechercher le véritable auteur de la traduction susmentionnée, et de rappeler par des exhortations et des châtiments ceux qui s'éloignaient de la "bonne voie". Mais l'opposition ne s'arrêta pas là. Trente ans plus tard, en 1229, le concile de Toulouse publiait le canon suivant : " Nous prohibons aussi qu'on permette aux laïcs d'avoir ces livres de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament, à moins que quelqu'un ne désire par dévotion posséder un psautier ou un bréviaire pour le Service divin, ou les heures de la bienheureuse Vierge. Mais nous leur défendons très expressément d'avoir en langue vulgaire même les livres ci-dessus".

Ces décrets et ces bulles furent suivis, durant plus de 500 ans, d'innombrables supplices où le sang des saints "coula comme de l'eau" (Note 2). En plus de ces anciennes versions provençales et vaudoises plus ou moins complètes déjà citées, il existe aussi des livres isolés ou généralement un des évangiles en patois d'Auvergne, de Bourgogne, de Franche-Comté, du Languedoc, de Toulouse, de Picardie, en provençal de Grasse, en provençal de Marseille, de Saintonge, en normand et en moderne vaudois; une collection de versions sur la parabole du fils prodigue contient 88 dialectes; deux dialectes bretons possèdent la Bible complète ainsi qu'un dialecte basque au nord des Pyrénées.. 
Consulter http://biblesociety.org/  rubrique "translation" pour savoir si une traduction existe parmi les 685 langues répertoriées par cette société. 

Le déluge des anathèmes prononcés par Rome contre la Bible en langue vulgaire s'arrêta au pied des cimes glacées des Alpes ainsi qu'aux pieds du trône. Beaucoup de rois de France employèrent leur pouvoir absolu pour la préservation du droit de lire la Bible. Ainsi, la cour de France fut un second asile pour la conservation de la Bible en langue vulgaire. En effet, d'après certains historiens, Charlemagne lui-même, et plus tard Saint Louis, se seraient occupés de faire traduire la Bible dans leur propre langue. Louis le Débonnaire suivit son père dans la même voie. Il était si versé dans la science des Saintes Écritures, aux dires d'un de ses biographes, "qu'il en savait le sens littéral, le sens moral, et le sens analogique".

L'attachement à la Bible passa de la famille des Carolingiens à celle des Capétiens. L'un des fondateurs de cette dernière dynastie, Robert le Pieux (mort en 1031) avoua devant certaines difficultés, dans ses conversations ordinaires, qu'il aimerait mieux être privé de la couronne que d'être privé de la lecture de la Bible, c'est-à-dire des livres sacrés. Charles V prit la Bible sous son haut patronage et fit imprimer une version complète en deux volumes, à Paris vers l'an 1487. Mais l'Église, craignant probablement que son autorité (souvent abusive) fût remise en cause, et incapable de comprendre qu'on pût désirer s'abreuver aux sources pures de la doctrine chrétienne et de la foi, s'acharnait souvent avec une cruauté révoltante. Il y avait péril de mort pour quiconque donnait franchement gain de cause aux textes originaux.

La Bible française eut aussi des princes parmi ses défenseurs. Citons Marguerite de Navarre, qui, pour avoir pris la défense du saint livre, fut publiquement menacée d'être enfermée dans un sac et jetée dans la Seine. Des propos menaçants furent tenus aussi contre François 1er.

En 1170, Pierre Comestor écrivit un livre en latin appelé Historica scolastica, qui était une traduction libre de faits historiques de la Bible plus les livres apocryphes (ou deutérocanoniques). Cet ouvrage eut une grande vogue et se répandit rapidement en France, en Allemagne, en Italie et ailleurs.

En 1286-89, Guiars des Moulins, chanoine en Artois, traduisit ce travail plus soigneusement en français et ajouta des parties des Écritures omises par Comestor. Plus tard, sur l'ordre de Charles V, Raoul de Presles révisa le travail de Guiars des Moulins. Cette révision fut dédiée à ce roi en 1377. Les rois de France conservèrent longtemps, dans leur bibliothèque particulière, plusieurs des volumes que leur avait légués leur vénérable aïeul Charles V. La première Bible imprimée en français est celle de Jean de Rely, qui est une révision de celle de Des Moulins, imprimée en 1487 sur l'ordre de Charles V. Naturellement, cette Bible n'était pas une version littérale, mais une Bible historiée, comme il est écrit au folio 353. Un exemplaire se trouve à la bibliothèque Nationale et un autre à l'Arsenal à Paris. Sa publication aurait suivi d'un an la 10ème bulle papale contre la traduction de la Bible en langue vulgaire, et coïncide exactement avec une autre bulle de Léon Innocent III, ordonnant "qu'on court vers les Vaudois des Alpes, pour les écraser comme des serpents venimeux.

En 1286-89,Guiars des Moulins, chanoine en Artois, traduisit ce travail plus soigneusement en français et ajouta des parties des Écritures omises par Comestor. Plus tard, sur l'ordre de Charles V, Raoul de Presles révisa le travail de Guiars des Moulins. Cette révision fut dédiée à ce roi en 1377.Les rois de France conservèrent longtemps, dans leur bibliothèque particulière, plusieurs des volumes que leur avait légués leur vénérable aïeul Charles V.


Le Folio 29r du manuscrit Bruxelles 
provenant de Flandres et daté de 1355.

La première Bible imprimée en français est celle de Jean de Rely, qui est une révision de celle de Des Moulins, imprimée en 1487 sur l'ordre de Charles V. Naturellement, cette Bible n'était pas une version littérale, mais une Bible historiée, comme il est écrit au folio 353. Un exemplaire se trouve à la bibliothèque Nationale et un autre à l'Arsenal à Paris. Sa publication aurait suivi d'un an la 10ème bulle papale contre la traduction de la Bible en langue vulgaire, et coïncide exactement avec une autre bulle de Léon Innocent III, ordonnant "qu'on court vers les Vaudois des Alpes, pour les écraser comme des serpents venimeux".

 

En 1545, cette Bible atteignit sa 15ème édition sans avoir été un seul instant menacée (2 Pierre 3:16-17). Jacques Lefèvre d'Étaples, un professeur au collège du cardinal Lemoine familiarisé avec le travail de Luther, se révéla comme un actif prédicateur de la Réforme. Il fut condamné par la Sorbonne comme un hérétique, fut transféré au parlement de Paris, qui s'apprêtait à le brûler vif, lorsque survint un ordre de François 1er, lequel ordonna de passer outre. En 1523, il traduisit les Écritures grecques qui furent imprimées cette même année par Simon de Colines. Devant les persécutions, Lefèvre dut s'enfuir à Strasbourg, mais le clergé sévit alors avec d'autant plus de rage contre les livres dont il ne pouvait atteindre l'auteur. 
Voici ce que criait un héraut le lundi 5 février 1526, dans toutes les principales villes de France, (en vieux français) : "défense à toutes personnes d'exposer, de translater de latin en français les épîtres de Saint Paul, l'Apocalypse, ni autre livre de Luther. Que nul ne parle des ordonnances de l'Église, ni des images, ainsi que la sainte Église l'a ordonné. Que tous les livres de la Sainte Bible translatés en français soient désormais enlevés à ceux qui les possèdent et de les apporter dans les huit jours au greffe de la Cour".

En 1528, Lefèvre d'Étaples finit la traduction entière de la Bible, qui fut imprimée à Anvers. Le travail de Lefèvre était basé sur la Vulgate (rendue fidèlement pour la première fois dans une traduction française). Il n'était pas destiné en lui-même à devenir la Bible populaire du peuple français, mais il préparait la voie pour un tel bienfait. Ce travail devint le modèle que les protestants et catholiques suivirent. En 1535, Pierre Robert Olivetan produisit une nouvelle traduction qui suppléait aux faiblesses de la version de Lefèvre. Natif de Picardie, il fut un des leaders de la Réforme en France. A cause de l'opposition rencontrée en France la première édition de cette Bible fut imprimée à Neuchâtel (en Suisse), les autres le furent à Genève. Olivetan est aussi le premier à employer le mot " ÉTERNEL " pour désigner Dieu quand le texte hébraïque indique les quatre consonnes YHWH.

La première édition servit surtout aux Vaudois, les autres servirent ensuite pour toutes les Églises protestantes. Lors d'un voyage qu'Olivetan fit à Rome, il fut empoisonné et alla mourir à Ferrare en 1538. Il avait entre quarante et quarante-cinq ans. C'était un homme humble, mais plus hardi que Lefèvre, et de grand talent. Il commença sa préface par ces mots: "P.Robert Olivetan, l'humble et petit translateur à l'Église de Jésus-Christ. Salut !" Certains opposants ont essayé de dire que cette version était seulement une simple révision de Lefèvre, mais il est facile de voir qu'Olivetan apporta de grandes améliorations. 60 000 changements sont comptés, dont 23 000 concernent le sens même du texte. Il utilisa les textes latins d'Érasme et de Paguoin. Même des traducteurs étrangers se servirent de la traduction d'Olivetan, comme par exemple, Coverdale qui fit une traduction presque complète de cette version en anglais. Dans un commentaire sur cette version, Calvin tient en haute estime le travail d'Olivetan, malgré quelques critiques, et il dit : "la critique est aisée et l'art est difficile". Calvin fit ensuite une révision de cette traduction, dont une nouvelle édition parut en 1540, puis une multitude d'autres suivirent. Il utilisa des textes originaux.

Poursuivons maintenant l'histoire de la Bible en suivant la voie catholique, ensuite nous verrons la voie protestante.

Les chefs de l'Église catholique ne tardèrent pas à reconnaître l'impopularité des mesures qui avaient frappé la Bible de Lefèvre. Les docteurs de Louvain jugèrent que le seul moyen de sortir de ce péril, était de rendre la Bible au peuple, en ayant soin d'atténuer ce qu'elle contenait de favorable à l'hérésie. Ils prirent la Bible d'Anvers, et y rétablirent le sens de la Vulgate partout où elle donne gain de cause au catholicisme. Ce fut l'origine de la Bible dite de Louvain, dont la première édition parut en 1550. Elle eut un assez grand succès et l'on parle d'un total de 200 éditions.

Il est intéressant de noter que malgré la censure, bien des Bibles de Genève entraient en France. Citons un passage du livre "Histoire des protestants en France", page 68, qui montre le travail de quelques chrétiens de l'époque : "étudiants et ministres, porte-balles, porte-paniers, comme le peuple les appelait, parcouraient le pays, un bâton à la main, le panier sur le dos, par le chaud et le froid, dans les chemins écartés, à travers les ravins et les fondrières de campagne. Ils s'en allaient, continue Mr de Félicé, frapper de portes en portes, mal reçus souvent, toujours menacés de mort, et ne sachant le matin où leur tête reposerait le soir". 

En 1566, René Benoît publia une traduction de la Bible, qui fut censurée par la Sorbonne en 1567 et finit de paraître en 1568. Benoît dut s'humilier devant la Sorbonne et reconnaître que sa traduction était une copie de celle de Genève, qui devait par conséquent être rejetée. Il en fut de même de la révision que Pierre Besse dédia à Henri IV en 1608, de celle de Claude Deville en 1613, et de celle de Pierre Frison dédié à Louis XIII en 1621. Le père Véron se décida à faire paraître en 1547 une nouvelle édition du Nouveau Testament pour contrecarrer l'avance du protestantisme, mais elle servit plutôt d'arme pour ce dernier.

Michel de Marolles fit paraître en 1649 un Nouveau Testament. Nous lisons dans sa préface: "les conciles oecuméniques n'ont jamais défendu la lecture des livres sacrés en langue vulgaire". Enfin Jacques Corbin fit une nouvelle traduction de la Bible entière en 1643, fidèlement basée sur le texte de la Vulgate, malheureusement corrompue (Jérôme avait traduit la Bible à partir des langues originales, l’hébreu et le grec. Cependant, la Vulgate avait mille ans d’existence, si bien que de copies en copies de nombreuses erreurs et altérations s’étaient glissées dans le texte. En outre, au cours du Moyen Âge, un enchevêtrement de légendes médiévales, de paraphrases et de gloses avaient surchargé la Parole de Dieu et s’étaient mêlées à un point tel au texte biblique qu’on commençait à considérer ces ajouts comme des écrits inspirés).Une seule édition parut.

Abordons maintenant la plus fameuse Bible de l'histoire catholique : celle de de Sacy. Les Écritures grecques parurent à Mons en 1667. Les trois principaux rédacteurs furent : Lemaistre, de Sacy et Arnould. Ils étaient du collège de Port-Royal. Antoine de Sacy commença cette traduction, mais sa mort arrêta ce travail qui fut repris par son frère Isaac. La plupart des solitaires de Port-Royal, y compris Pascal, collaborèrent à ce travail. Les principaux traducteurs furent, d'après une note manuscrite de Jean Racine, Isaac Lemaistre, son frère Antoine, Arnauld, Nicole, et le duc de Luynes. La part principale revient aux deux premiers, qui étaient tous les deux descendants des huguenots, à Antoine Lemaistre, et surtout à Isaac Lemaistre, dit de  Sacy.

C'est presque dans le maquis que de Sacy finit sa traduction. Il était harcelé de tous côtés, mais l'amour qu'il avait de la Bible était le plus fort. Le jour où de Sacy se rendit au lieu de réunion le 15 mai 1666, pour examiner la préface du Nouveau Testament, il fut arrêté en chemin et conduit à la Bastille. Ses amis réussirent à rassembler tous ses écrits et ce Nouveau Testament fut publié à Amsterdam, mais en portant le nom d'un libraire de Mons. On y lisait une permission de l'archevêque de Cambrai, de l'évêque de Namur et du roi d'Espagne Charles II. Elle fut si favorablement accueillie, qu'il s'en vendit jusqu'à 5000 exemplaires en quelques mois. Le 12 avril 1633, il s'en était déjà vendu 40.000 exemplaires. Et Louis XIV en fit imprimer à lui seul 20.000 exemplaires.

Les ennemis de la Bible ne purent rien faire, non plus proscrire l'Ancien Testament que de Sacy traduisit à la Bastille, d'où il sortit le 1er novembre 1668. L'impression de la Bible entière fut terminée en 1696. Richard Simon voulut s'opposer au Nouveau Testament de Port-Royal en proposant une nouvelle traduction, mais il échoua . La traduction du "Père Amelotte" eut plus de succès et nous est parvenue; signalons aussi les traductions de Lallemant (en 1713), de Quenel et celle de Bonhours pour le Nouveau Testament. Puis vint la Bible de Genoude. En 1877, un autre essai fut fait pour produire une nouvelle traduction française qui serait acceptable pour l'Église romaine.

Devant l'intérêt populaire pour le Saint Livre, les évêques de France demandèrent au pape d'autoriser une traduction qui devait justifier leur point de vue ! Après une attente de 2 ans et demi, il donna son consentement et c'est l'abbé Glaire, ancien doyen à la faculté de Paris, qui publia la version qui porte encore son nom, avec l'approbation du clergé. Il passa, dit cet abbé, 40 ans d'études avant d'entreprendre ce travail, basé surtout sur la Vulgate de Jérôme, écrite en latin. Sa version fut accompagnée avec les notes habituelles sans lesquelles aucune Bible ne peut circuler avec l'approbation de l'Église romaine. Cette fidèle traduction de la Vulgate fut alors une des meilleures employées par les autorités catholiques romaines. 

Nous pouvons rappeler un autre effort de traduction qui commença avec l'approbation du clergé romain et du pape. En 1886, Henri Lasserre publia une traduction où nous lisons à la première page: "Avec l'Imprimatur de l'archevêché de Paris", et qui était dédié à "Notre Dame de Lourdes". Lasserre utilisa le texte de la Vulgate comme base de son travail et il chercha à mettre en valeur la beauté de la langue française plutôt que le texte. Elle fut reçue par une populaire approbation et vingt-cinq éditions furent rapidement épuisées. Mais elle fut soudainement retirée de la circulation. L'approbation de l'archevêque avait été donnée le 11 novembre 1886, mais  le dix-neuf décembre 1887, un an après, elle fut placée à l'index et tous les bons catholiques se virent interdire le livre. Elle trouva ainsi un triste sort pour une publication catholique romaine. 

Poursuivons notre historique, et faisons connaissance avec la célèbre Bible Crampon. L'abbé Crampon était un chanoine de la cathédrale d'Amiens, qui était versé dans les langues bibliques et modernes. Depuis un certain temps il s'était engagé  dans la traduction de tous les livres du Canon, et il faisait aussi une large collection de notes exégétiques et critiques destinées à former une partie des commentaires bibliques. Le Pentateuque était sous impression, quand sa mort en 1894 mit une fin abrupte à son travail. Largement modifié et quelquefois entièrement révisé, il apparu en six volumes avec force notes. La publication fut terminée en 1904 et bien reçue par le public. La Bible de Crampon fut la première traduction moderne catholique établie à partir des langues originales (hébreu et grec), avec une consultation comparative de la Vulgate latine (d'après la préface de l'édition de 1923). Notons en outre, que l'édition de 1905 mentionne le nom de Dieu sous la forme Jéhovah.

Faisons un petit retour dans le passé pour connaître l'effort fourni du côté protestant. Calvin fit imprimer à Genève une seconde édition de la Bible portant un glaive sur le feuillet de titre, d'où son nom de "Bible de l'épée". D'autres éditions la suivirent. Calvin condamna cependant l'édition d'une Bible en latin et français par Sébastien Castalion (1515 - 1563) en 1559 (Castalion était disciple de Michel Servet). Une révision assez profonde de la Bible de Genève eut lieu en 1588 par plusieurs collaborateurs, dont les plus importants furent Bertrand et de Bèze. Elle fut imprimée dans plusieurs villes de France, revue plusieurs fois, et le texte de 1712 fut paraît-t-il le plus pur. Nous en arrivons à la Bible de David Martin, pasteur à Utrecht. Il était un éminent théologien qui possédait une connaissance critique de la langue française. Les catholiques eux-mêmes l'aidèrent à fuir hors de France. Avec l'approbation du synode de Belgique, il publia les Écritures grecques en 1696 à Anvers et la Bible entière à Amsterdam. La révision de Martin était une version grandement améliorée du travail d'Olivetan et elle eut une large diffusion. David Martin mourut à l'âge de 82 ans, après avoir terminé un sermon en chaire.

Cette Bible de Martin fut encore publiée avec diverses modifications et finalement, en 1724 puis en 1774, Jean Frédéric Osterwald en fit une révision. Osterwald naquit à Neuchâtel en Suisse, ville qui était alors un des plus grands centres d'influence française protestante, et il étudia avec les plus fameux théologiens de l'époque. Sa révision englobe les idées de piété et d'union qui étaient alors prêchées. Un effort fut fait pour harmoniser cette traduction avec la langue et les besoins de l'époque. Le travail d'Osterwald fut de nouveau révisé partiellement par les sociétés bibliques en 1868 et 1887. Nous l'appelons la Bible synodale et elle fut encore révisée en 1910.

Profondément convaincu de la divine inspiration des Saintes Écritures, J.N. Darby acheva la traduction des Écritures grecques en 1859, puis celle des Écritures hébraïques en 1885. Dans la préface de l'édition de 1896, le traducteur ne montre aucune prétention d'exploit scientifique, mais déclare que le seul dessein de cette traduction est de donner aux lecteurs un texte qui soit aussi simple et littéral que possible. Il est à remarquer que ce traducteur fit lui-même la traduction de la Bible en anglais, en français et en allemand .

En 1873, Louis Segond, professeur à Lausanne, publia une version française qu'il traduisit directement du grec et de l'hébreu, au lieu de s'en tenir à la Vulgate. Il se donna comme règle de travail : exactitude, clarté, justesse. Il désirait exprimer les idées bibliques en un bon style littéraire et avec une religieuse tournure d'expression. Mais sa traduction était plutôt philosophique que théologique. Elle eut pour résultat, d'entrer fréquemment en conflit avec les plus anciennes traductions protestantes et catholiques. Elle a cependant trouvé une bonne réception parmi ceux qui n'étaient pas satisfaits des anciennes versions. Il ne souhaitait pas que l'on touche à sa traduction de son vivant, mais qu'après sa mort les éditeurs pourraient faire ce qu'ils voudraient. Elle fut révisée en 1910, un an après son décès. 

Les version juives de l'Ancien Testament en français ne furent pas utilisées avant le milieu du 18ème siècle. En 1831, Samuel Cahen commença un travail monumental, "la Bible, traduction nouvelle" (Paris 1833 - 1845) en un volume, à laquelle furent ajoutés beaucoup d'essais par Munk, Zuns, Dukes et d'autres, ainsi que des commentaires rationalistes. Ce travail fut sévèrement critiqué par un abbé, dans un livre intitulé : "quelques mots sur la traduction nouvelle". Une plus fidèle version du Pentateuque fut publiée en 1860 par Lazare Wogue. Il y eut plusieurs autres traducteurs parmi lesquels Ben Baruk de Crehange, ou B. Mosse d'Avignon, qui traduisirent les Psaumes. Malgré cela une Bible populaire et bon marché était ardemment désirée par les juifs français. Un tel travail fut entrepris en 1902 par le grand rabbin de France Zadok Kahn et les autres membres du rabbinat français. L'auteur lui-même fit les corrections nécessaires, et avant sa mort, il fut capable de finir la traduction des livres prophétiques jusqu'au premier livre des Rois. La traduction de Wogue fut employée comme base pour le Pentateuque. Dans le même temps et sous les mêmes auspices, une Bible de la jeunesse fut produite. 

Depuis les temps reculés du 12ème siècle jusqu'à nos jours, nous comptons un minimum de quatre-vingts différentes versions en français et en patois, de parties de la Bible ou de la Bible entière, et cela, dans tous les plus importants dialectes de France. Comme nous venons de le voir, parmi tous ceux qui ont soutenu les traducteurs, nombreux sont ceux qui étaient prêts à donner de leur vie pour faire connaître le Saint Livre. Malgré les difficultés rencontrées et le peu de moyens mis à leur disposition, ils ont permis à de nombreux esprits en quête de spiritualité de connaître les desseins de Dieu.

Puis une soif de justice a embrasé le monde civilisé, qui fut suivie d'un désir de vérité. Enfin, les échanges se sont faits plus fluides entre les divers pays, et les découvertes bibliques se sont intensifiées, ce qui a permis la découverte et l'étude de très anciens manuscrits jusqu'à une époque très récente (1947-1953).
Quiconque se dit croyant comprendra les paroles du prophète Paul qui a déclaré que la piété véritable s'accompagnerait obligatoirement de difficultés (2 Timothée chapitre 3 :12 ; voir aussi Apocalypse chapitre 12  verset 17). L'opposition, parfois violente, qui a marqué l'histoire, pour s'opposer à la divulgation du contenu des Saintes Écritures est tout de même surprenante !

 


L'histoire du Saint Livre en France s’arrête volontairement sur cette période, dans l’attente de la fin des traductions et des révisions qui sont en cours (probablement achevées vers 2001-2002). Il sera proposé un historique et une étude concernant ces 50 dernières années, accompagnés d’une étude comparative des différentes versions portant sur la qualité de la traduction (littéralité ou enrichissement, fidélité et exactitude au texte ou liberté, simplicité et unicité ou pluralité des termes pour un seul mot, etc.).


Bibliographie sommaire: 

La Bible en France . Pétavel Emmanuel    
Histoire de la La Bible en France . Daniel Lortsch
Histoire de la La Bible Française. Daniel Lortsch. M.A.J J-M Nicole 

 

  Sommaire       Origine et Transmission de la bible  

 

Chronologie historique de l’opposition 
à l’enseignement de la Bible.

 

1179 :  Le pape Alexandre III interdit la prédication des Vaudois. Ils prêchaient en employant une traduction de parties de la Bible en langue vulgaire.

1184 :  Lors du concile de Vérone en Italie, le pape Lucius III, soutenu par l’empereur romain Frédéric Ier Barberousse, décrète que tous les “hérétiques” qui aiment la Bible et qui persistent à penser ou à enseigner autre chose que le dogme catholique seront excommuniés et remis au pouvoir séculier pour être punis (d’ordinaire par le bûcher).

1199 :  Le pape Innocent III condamne la traduction en français des Psaumes, des Évangiles et des épîtres de Paul et interdit les réunions tenues dans le diocèse de Metz, en France, dans le “but coupable” d’étudier les Écritures. Des moines cisterciens brûlèrent toutes les traductions en langue vulgaire qu’ils trouvèrent.

1211 :  Par ordre du pape Innocent III, l’évêque de Metz, Bertram, organise une croisade contre tous les lecteurs de la Bible en langue vulgaire et toutes les Bibles découvertes sont brûlées.

1215 :  Les trois premiers canons du IVe concile du Latran se rapportent aux hérétiques qui, avec audace, “s’attribuent l’autorité de prêcher”. Le “Dictionnaire de Théologie Catholique” reconnaît que cette mesure était principalement dirigée contre les Vaudois, qui prêchaient avec des Bibles en langue vulgaire.

1229 :  Le Canon 14 promulgué par le concile de Toulouse, en France, déclare: “Nous prohibons aux laïques d’avoir les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, à l’exception d’un psautier, et des portions de Psaumes contenues dans un bréviaire, ou les heures de la bienheureuse Vierge. Mais nous leur défendons très rigoureusement d’avoir en langue vulgaire même les livres ci-dessus.”

1246 :  Le Canon 36 du concile de Béziers, en France, dit expressément: “Vous veillerez entièrement, selon tout ce que vous saurez être juste et légal, à ce que les livres théologiques ne soient pas possédés, même en latin, par des laïques, ni en langue vulgaire par les clercs.”

1559 :  “[Le pape] Paul IV range parmi les ‘Biblia prohibita’ (livres interdits) toute une série de Bibles latines. Il ajoute que toutes les Bibles en langue vulgaire ne peuvent ni être imprimées ni être gardées sans une permission du Saint-Office. C’était en pratique la prohibition de la lecture des Bibles en langue vulgaire” (Dictionnaire de Théologie Catholique”, volume 15, colonne 2 738).

1564 :  La quatrième règle de l’Index (des livres interdits) publié par le pape Pie IV déclare: "L’expérience prouve que si l’on permet indistinctement la lecture de la Bible en langue vulgaire, il en arrivera par la témérité des hommes plus de mal que de bien."

1590 :  Le pape Sixte-Quint fait savoir expressément que personne ne peut lire la Bible en langue vulgaire sans une "permission spéciale du Siège apostolique".

1664 :  Le pape Alexandre VII incorpore à l’index des livres interdits toutes les Bibles en langue vulgaire.

1836 :  Le pape Grégoire XVI prévient les catholiques que la quatrième règle de l’Index publié en 1564 par Pie IV reste toujours en vigueur.

1897 :  Le pape Léon XIII, dans sa constitution apostolique “Officiorum”, promulgue les règles suivantes relatives à l’emploi des Bibles en langue vulgaire: “Toutes les versions en langue indigène, même celles qui sont publiées par des catholiques, sont absolument prohibées, si elles n’ont pas été approuvées par le Siège apostolique, ou éditées sous la surveillance des évêques avec des annotations tirées des Pères de l’Église et d’écrivains doctes et catholiques. (...) Sont interdites encore toutes les versions des Saints Livres composées par des écrivains non catholiques quels qu’ils soient, en toute langue vulgaire — et notamment celles qui sont publiées par les Sociétés bibliques que plus d’une fois les pontifes romains condamnèrent.”

Note complémentaire 1.


Animés du zèle que leur communiquait la lecture des Écritures, ils sillonnaient toute la campagne française, deux par deux, lisant et enseignant les Écritures à leur prochain. Ils étaient si zélés que l’on rapporte que l’un d’eux “traversa un fleuve à la nage par une nuit d’hiver pour aller trouver une certaine personne et l’enseigner”. Le contenu des Écritures était devenu pour eux ‘vivant et exerçait une action’.

Remplis d’enthousiasme, ils se rendirent à Rome pour obtenir du pape Alexandre III l’autorisation officielle de se servir de leur Bible pour enseigner leur prochain, autorisation qui leur fut refusée. L’un des dignitaires religieux présents au troisième concile de Latran, Walter Map, s’exclama: “Que jamais la Parole ne soit ainsi donnée à des ignares comme des perles à des pourceaux!” Pour Walter Map permettre au peuple de lire la Bible dans une langue qu’il comprenait était assimilé à "donner des perles à des pourceaux"!

Utilisant la Bible, les premiers Vaudois rejetaient le culte des images, la transsubstantiation, le baptême des nouveau-nés, le purgatoire, le culte de Marie, les prières pour les saints, la vénération de la croix et des reliques, la repentance sur le lit de mort, la confession aux prêtres, les messes pour les morts, les indulgences, le célibat des prêtres et l’usage des armes charnelles (comme l'épée ou tout autre  instrument qui pouvait porter atteinte à la vie d'autrui. Il se sont révoltés une fois mais se sont sincèrement repentis et n'ont plus fait ensuite usage d'armes).

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Note complémentaire 2.

En 1179, le pape Alexandre III interdit à Valdo et à ses disciples de prêcher sans l’autorisation de leur évêque. Comme on pouvait s’y attendre, l’évêque Bellesmains de Lyon refusa d’accorder une telle autorisation.

Le pape Innocent III déclencha ensuite une croisade pour “exterminer” les hérétiques. Les rapports remis par ses suppôts font apparaître que des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants furent sauvagement massacrés et qu’on brûla leurs exemplaires de la Bible pour la raison suivante, exposée par un Inquisiteur de l’époque:“Ils ont traduit l’Ancien et le Nouveau Testament en langue populaire et ils l’enseignent et l’apprennent sous cette forme. J’ai vu et entendu un paysan ignorant qui récitait Job sans oublier un seul mot et bien d’autres qui connaissaient à la perfection tout le Nouveau Testament”.

L'historien Wells a écrit au sujet du fanatisme élevé à leur encontre: “C’en était assez pour émouvoir le Latran, et nous assistons bientôt au spectacle d’Innocent III prêchant la croisade contre ces malheureux sectaires, et autorisant l’enrôlement de tous les coquins et de tous les vagabonds sans emploi régulier, pour aller porter le fer, le feu, le viol chez les plus paisibles sujets du roi de France. Le martyre infligé aux premiers chrétiens par les païens semble peu de chose à côté des actes de cruauté et des abominations de cette croisade.”

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Michel Servet

À 20 ans, Michel Servet (1511-1553), un Espagnol qui avait étudié le droit et la médecine, publia "De Trinitatis erroribus" ("Des erreurs du dogme trinitaire"), dans lequel il déclara qu’il "n’emploierait pas le mot Trinité, qu’on ne trouve pas dans l’Écriture, et qui semble uniquement perpétuer une erreur philosophique". Il taxa la Trinité de doctrine "incompréhensible, incompatible avec la nature des choses, et que l’on peut même regarder comme blasphématoire"!

L’Église catholique condamna Servet pour son franc-parler. Mais ce sont les calvinistes qui le firent arrêter, juger et brûler à petit feu. Calvin se justifia en disant: "Quand les papistes sont si brutaux et si violents pour défendre leurs superstitions, qu’ils se déchaînent cruellement pour verser le sang innocent, les magistrats chrétiens n’auraient-ils pas honte de se montrer moins ardents pour défendre la vérité certaine?" Le fanatisme et la haine de Calvin aveuglèrent son jugement et l’amenèrent à bafouer les principes chrétiens.

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Étude et commentaires du Livre Sacré
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