La poésie hébraïque

 

Une importante partie des Écritures hébraïques consiste en poésie. Le moyen d’expression de la poésie hébraïque n’était pas la rime, mais le parallélisme d’idées, le rythme d’idées. Cette poésie utilisait aussi des métaphores très évocatrices, puisées dans la nature, dans des choses familières à tous, même aux enfants. Elle se servait d’acrostiches alphabétiques, dans lesquels les premières lettres des vers suivent l’ordre alphabétique (Ps 25, 34, 37, 111, 112, 119 ; Pr 31:10-31 ; Lm 1-4).

 

Psaume 4:1

Quand je t'invoque, réponds-moi, Dieu de ma justice !

Toi qui, dans ma détresse me mets au large.

Aie pitié de moi et entends ma prière.

 

Psaume 19:1-2

Les cieux proclament la gloire de Dieu;

et l’œuvre de ses mains, l’étendue l’annonce.

Un jour après un autre jour fait jaillir le langage,

et une nuit après une autre nuit révèle la connaissance.

 

Psaume 71 :12

O Dieu, ne t'éloigne pas de moi.

Mon Dieu, à mon secours hâte-toi.

 

Les vers hébreux sont courts, beaucoup ne comprenant pas plus de deux ou trois mots , ce qui donne à l’ensemble une force considérable. James Muilenburg, membre du comité de traduction de la Revised Standard Version, a fait cette remarque pertinente : " Dans la poésie hébraïque, l’expression est ramassée et tout l’accent est mis sur les mots importants. Le texte hébreu du Psaume 23 ne compte que cinquante-cinq mots ; nos traductions occidentales modernes en emploient deux fois plus. Pourtant, même dans une traduction, l’économie de l’hébreu original ne se perd pas [...]. La poésie hébraïque est très vivante dans son expression [...]. Le poète hébreu nous aide à voir, à entendre, à sentir. Les sensations physiques sont fraîches et vivantes [...]. Le poète pense en images et puise ses images dans les aspects de la vie quotidienne qui sont communs à tous les hommes" (An Introduction to the Revised Standard Version of the Old Testament, 1952, p. 63, 64).

Pour illustrer la concision du langage poétique hébreu, considérons le premier verset du Psaume 23. Les mots français nécessaires pour traduire chaque terme hébreu sont séparés par une barre oblique (/) :

 

Note: le Nom de Dieu est écrit dans sa prononciation traditionnelle, telle que nous pouvons le trouver dans la poésie plusieurs fois centenaires. Pour plus de détails voir : Le Nom Divin dans les Écritures hébraïques . La traduction de l'abbé Crampon est souvent utilisée. 

 

 

 

Psaume 23

Jéhovah/ [est] mon Berger./

ne de rien/ je manquerai.

On constate que le français a besoin de neuf mots pour traduire quatre termes hébreux. Le verbe "être" est ajouté pour donner un sens au français; en hébreu, il est sous-entendu.

 

Principales formes de parallélisme.

Du point de vue de la forme, le parallélisme est l’élément le plus important de la poétique hébraïque. Le rythme n’y est pas marqué par la rime (comme en français), mais par la logique de la pensée ; on parle d’ailleurs du " rythme de la pensée ". Prenons pour exemple les deux vers qui composent le

Psaume 24:1 :

À Jéhovah est la terre et ce qu'elle renferme,

Le monde et tous ceux qui l'habitent.

Ces vers présentent ce qu’on appelle un parallélisme synonymique, c’est-à-dire que le deuxième vers répète une partie du premier, mais en d’autres termes. L’expression "À Jéhovah appartient" est indispensable aux deux vers. Cependant, les groupes de mots "la terre" et "le sol productif" sont des synonymes poétiques, tout comme "ce qui la remplit" et "ceux qui y habitent".

La plupart des spécialistes actuels reconnaissent deux autres grandes formes de parallélisme :

Psaume 37:9

Car les méchants seront retranchés,

mais ceux qui espèrent en Jéhovah posséderont le pays.

 

Psaume 19:7-9

La loi de Jéhovah est parfaite: elle restaure l’âme.

Le témoignage de Jéhovah est sûr,

rendant sage l’homme inexpérimenté.

Les ordonnances de Jéhovah sont droites,

elles réjouissent les cœurs;

le précepte de Jéhovah est pur,

faisant briller les yeux.

La crainte de Jéhovah est sainte,

elle subsiste à jamais.

Les décisions judiciaires de Jéhovah sont vérité ;

elles se sont révélées justes l’une comme l’autre.

On remarque que la deuxième partie de chaque phrase ou proposition complète l’idée ; l’ensemble du vers est donc une synthèse, c’est-à-dire le résultat de la réunion de deux éléments. Ce n’est qu’avec la deuxième partie du vers, par exemple "ramenant l’âme" et "rendant sage l’homme inexpérimenté", que le lecteur apprend en quoi la ‘loi est parfaite‘et le "rappel de Jéhovah est digne de foi". Dans une telle suite de parallèles synthétiques, la division entre la première et la deuxième partie sert de césure. Ainsi, outre la progression de la pensée, le texte conserve une certaine structure poétique, un parallèle dans la forme. C’est pour cette raison que ce parallélisme est appelé formel ou constructif.

 

Autres types de parallélisme.

On a parlé de quelques autres types de parallélisme, bien qu’on les considère comme de simples variantes ou combinaisons des parallélismes synonymique, antithétique ou synthétique. On parle notamment de trois types de parallélisme :

Psaume 103:12 :

Autant le levant est loin du couchant,

autant il a éloigné de nous nos transgressions.

 

Psaume 29:1,2

Attribuez à Jéhovah, ô fils des forts,

attribuez à Jéhovah gloire et force.

Attribuez à Jéhovah la gloire de son nom.

 

Psaume 135:15-18 :

Les idoles des nations sont de l’argent et de l’or,

l’œuvre des mains de l’homme tiré du sol.

Elles ont une bouche, mais elles n’expriment rien ;

elles ont des yeux, mais elles ne voient rien ;

elles ont des oreilles, mais elles ne prêtent l’oreille à rien.

En outre, il n’existe pas d’esprit dans leur bouche.

Ceux qui les font deviendront comme elles,

tous ceux qui mettent leur confiance en elles.

 

Dans son ouvrage "Literary Characteristics and Achievements of the Bible" (1864, p. 170), W. Trail a expliqué ce parallélisme : "Ici, le premier vers correspond au huitième— dans le premier il est question des idoles des païens, dans l’autre de ceux qui mettent leur confiance dans les idoles. Le deuxième vers correspond au septième — l’un parle de la fabrication, l’autre des fabricants. Le troisième correspond au sixième — dans l’un il y a des bouches qui n’articulent pas, dans l’autre des bouches qui ne respirent pas. Le quatrième vers correspond au cinquième, où on peut dire que le parallélisme inversé unit les deux moitiés dans un parallélisme de synthèse — des yeux qui ne voient pas, des oreilles qui n’entendent pas. "

Une forme semblable, mais plus simple, consiste à inverser les mots apparaissant dans des vers consécutifs, comme en Isaïe 11:13b (Os) :

Éphraïm ne jalousera plus Juda

et Juda ne sera plus hostile à Éphraïm.

 

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